LE DEFI DE LA BURQA   Leave a comment

LE DEFI DE LA BURQA

Burka_004

Les éléments ci-dessous ont été réunis en partant du Net

Les auteurs, lorsqu’ils étaient connus, ont été cités

Polémique

L’affaire du port du voile intégral enflamme le monde politique et déchire

les élus à l’intérieur même de chaque parti.

Mais qui sont ces Femmes qui disparaissent sous l’habit religieux ?

Comment vivent-elles ?

Et que dit l’Islam ?

Oui, on peut l’interdire !

par Guy Carcassonne

Peut-on légiférer pour interdire l’usage de la burqa?

La question, en ces termes, appellerait une réponse négative. Sur quel fondement, en effet, pourrait-on interdire le port du seul voile intégral ? Pas la laïcité, qui s’impose à la République mais non aux personnes. Pas non plus la violence faite aux femmes, puisque c’est librement, délibérément, que certaines font ce choix. Pas davantage le principe de dignité de la personne humaine, car celui-ci tend à interdire les traitements inhumains ou dégradants, non à qualifier le législateur pour prohiber tout ce qui lui déplaît en le taxant d’indigne, auquel cas la dignité deviendrait l’ennemie de la liberté. Ce n’est donc pas ainsi que la question doit être posée. Mais tout autre est celle de savoir si l’on peut interdire de se dissimuler le visage dans les espaces publics. Cela viserait alors la burqa, mais aussi toutes les autres formes de dissimulation, y compris celles dont on n’a pas idée aujourd’hui.

Cette prohibition devient alors possible sur le fondement de l’ordre et de la sécurité publics.

Le législateur, en effet, est en droit de considérer que dissimuler son visage aux autres est une sorte d’injure permanente qu’on leur fait, les déclarant insuffisamment dignes ou respectables pour le voir, or l’injure est déjà réprimée par le Code pénal. De même, puisque, comme l’énonce la Déclaration de 1789, « la loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles a la société», peut-on considérer que lui est nuisible l’attitude de ceux qui se placent en marge de la société et s’en extraient ostensiblement ? Enfin, il va de soi que la dissimulation peut poser d’évidents problèmes de sécurité publique. Un tel interdit, qui engloberait la burqa sans ne viser qu’elle, aurait le notable avantage de laïciser le débat puisqu’il n’y serait plus question de religion. Il pourrait s’appuyer sur des principes constitutionnels éprouvés. Toute société repose sur un ordre public qui reflète l’état de ses mœurs à une époque donnée : aujourd’hui et en France, on cache son sexe et on montre son visage. Peut-être sera-ce le contraire dans quelques siècles, mais, pour l’immédiat, la norme sociale est bien celle-là. Le Parlement peut choisir de la protéger et, qui plus est, de le faire à un moment où le phénomène est encore assez marginal pour être enrayé. La crainte de voir un tel texte condamné par le Conseil constitutionnel ou par la Cour européenne des droits de l’homme est faible. Une telle condamnation supposerait l’affirmation d’un droit fondamental à cacher son visage aux autres. Aucun texte ne l’exprime ni ne l’implique et l’on n’imagine pas le juge se lancer dans cette démonstration.

Reste l’application. Nul n’envisage des brigades de policiers traquant des femmes (si c’en sont bien) paisibles pour leur dresser procès-verbal. Mais le simple énoncé de l’interdit, connu de tous, suffirait à dissuader la majeure partie des intéressées et à rendre l’entêtement des autres très pénible pour elles-mêmes. Pour ces dernières, une amende modique – trop lourde, elle les victimiserait – ainsi qu’un minimum de tact et de bon sens dans la mise en œuvre de la loi suffiraient à assurer son succès •

Et si cette loi était impossible à appliquer ?

Des policiers de terrain ont été interrogés pour savoir ce qu’ils pensent d’une loi anti-burqa. Tous sont unanimes : elle serait inapplicable.

Pas question de créer une brigade anti-burqa Dans la police, l’heure est à la réduction des effectifs. «On n’est déjà pas assez nombreux pour écoper la petite délinquance, alors si en plus il faut courir après les burqas», s’agace un brigadier. D’ailleurs, lorsque l’on pose la question aux policiers, aucun n’est volontaire pour aller contrôler les femmes en burqa. Tous considèrent que cette loi va dénaturer leur travail. D’autant que pour faire du « chiffre » il faudrait cibler la sortie des écoles où sont scolarisés les enfants des femmes voilées et les sorties des mosquées.

La crainte des émeutes

Dans certaines cités sensibles, où la plupart de ces femmes habitent, la police à beaucoup de mal à intervenir sans être systématiquement caillassée. Dès lors, comment imaginer que le contrôle d’une femme en burqa ne dégénère pas immédiatement en émeute ? «Déjà que nous n’arrivons pas à faire appliquer les lois anti-cagoule et anti-rassemblement dans les halls des immeubles par crainte des réactions en chaîne», persifle un gardien de la paix du 9-3

Pas assez de femmes dans la police

Si la femme en burqa refuse de se dévoiler, les policiers seront contraints de la conduire au poste pour la verbaliser. Ce qui supposera au préalable d’effectuer une fouille. Or celle-ci, selon la loi, ne peut être pratiquée sur une femme que par une femme policière. Faudra-t-il dès lors féminiser chaque équipage

« La question, c’est pourquoi certains musulmans défendent la burqa»

La burqa porte-t-elle atteinte à la dignité de la femme?

Rémi Brague :

Le mot « dignité » est glissant. Des filles qui montrent leur nombril et laissent leur string dépasser du jean sont-elles animées d’un très vif sentiment de leur dignité? La question, c’est pourquoi certains musulmans défendent la burqa. Tout vient de deux versets du Coran qui demandent aux croyantes de rabattre sur elles leur vêtement (XXIV, 31 ;XXXIII, 59). La burqa n’est donc que la façon la plus stricte d’appliquer ce commandement. Mais l’essentiel n’est pas là. Il est que, pour l’islam, c’est Dieu lui-même qui est censé donner dans le Coran des ordres et des interdictions.

Bien sûr, les musulmans concrets en prennent et en laissent. Mais ils trouveront toujours un barbu pour les accuser: «C’est Dieu qui l’a dit. Or Dieu sait ce qu’il dit. Il faut donc obéir. »

Mais le dialogue est-il quand même possible entre l’islam et le christianisme?

Parler du dialogue est à la mode. Le pratiquer, c’est autre chose. Entre personnes, il y a eu des discussions dans la Bagdad des califes, puis avec Michel Paléologue, avec François d’Assise, peut-être, plus tard, avec Raymond Lulle, de nos jours avec les grands orientalistes duXIX6 et duXX6 siècle. Mais entre les deux religions comme systèmes de croyance, c’est extrêmement difficile.

L’islam ne reconnaît ni l’Ancien ni le Nouveau Testament, car, pour lui, ceux-ci ont été trafiqués par les communautés religieuses qui en avaient la garde. De plus, il lui a fallu se définir contre le christianisme, dont il nie les principaux dogmes.

L’islam est-il assez connu en France?

Il ne manque pas de gens qui étudient l’histoire contemporaine des pays d’islam et la sociologie des populations islamisées, voire leur psychologie. Il y a beaucoup moins de monde pour s’occuper des fondements de la religion islamique, et plus rares encore sont ceux qui s’occupent du droit islamique (fiqh). De plus, certains ont tendance à chercher le centre de l’islam ailleurs que là où les musulmans eux-mêmes le situent. Exemples, le soufisme ou la philosophie, à qui l’on accorde une importance plus grande que n’a été leur influence historique. Enfin existent des effets de mode. Hier on donnait de l’islam une image négative de violence et d’arriération, puis la tendance s’est renversée: on met aujourd’hui l’accent sur des périodes rosés, réelles ou imaginaires, ou l’on se donne des héros positifs, comme Averroès, grand penseur, certes, mais fidèle serviteur d’un régime, celui des Almohades, qui n’était pas des plus tendres…

Une loi peut-elle bloquer l’avancée de l’intégrisme?

Je ne suis pas juriste, mais, en ce qui concerne la burqa, ne suffirait-il pas d’un règlement de police demandant que l’on puisse identifier les personnes dans la rue ? Il y a en revanche une loi dont je rêve : obliger tout le monde à porter une burqa. Elle serait encore plus radicale, car intérieure. On l’appellerait « loi morale », «conscience», «honneur», «respect de soi et des autres», au choix. Le jour où chacun porterait un tel voile intérieur, la burqa des femmes, extérieure, spectaculaire, ne serait plus seulement ridicule. Elle serait inutile… •

* Professeur de philosophie à Paris et à Munich, auteur en 2005 de « La loi de Dieu » (Gallimard) et, en 2009, de l’ouvrage « Du Dieu des chrétiens et d’un ou deux autres » (Flammarion).

« Faut-il rendre la vie juridiquement impossible aux porteuses de burqa ? »

La burqa est-elle une prescription religieuse?

Abdelwahab Meddeb:

Ce n’est pas une obligation religieuse (fariza), c’est une coutume (Ma), ça vient d’être rappelé par Mohammad Gomaa, le grand mufti d’Egypte, qui a pris position contre la burqa.

A-t-elle une connotation politique?

C’est un signe idéologique de l’islam radical, prônant la concurrence des universalités ; c’est lui qui nourrit le « choc des civilisations », idée islamiste reprise par l’essayiste américain Samuel Huntington.

Faut-il l’interdire par la loi?

Si une loi est votée, il faudra la respecter, même si son application risque de poser des problèmes pratiques. L’essentiel est que l’Etat réagisse afin qu’il y ait une mobilisation contre la burqa. Mais à une loi je préférerais une déclaration solennelle au nom de la République. Il faut être d’une fermeté sans faille. Il est inadmissible qu’une femme ne soit pas identifiable. Il faut qu’elle ne puisse pas prendre les transports ni avoir accès à la scolarité ou à l’hôpital. Il faut leur rendre la vie juridiquement impossible. Je serais instituteur, jamais je ne remettrais à la sortie de l’école un enfant à une femme en burqa. En Egypte, cette tenue a été interdite dans les espaces scolaires et universitaires par l’autorité religieuse d’Al-Azhar, l’institution théologique la plus reconnue de l’islam sunnite. Selon le cheikh d’Al-Azhar, le voile intégral entrave l’examen de l’identité et pose des problèmes de sécurité. Des bombes humaines peuvent se dissimuler derrière ces burqas.

Quelle est la symbolique du visage en Islam ou dans sa tradition poétique?

Pour les fondamentalistes, le visage, comme la voix d’ailleurs, appartient à l’impudeur, dont le vecteur est plus féminin que masculin. A Bahreïn, il y a eu récemment un débat sur l’opportunité de nommer des femmes muezzins, appelant à la prière. Certains intégristes ont considéré que c’était une provocation sexuelle ! Pour eux, la voix féminine appartient à la séduction, productrice de sédition. Le visage est pourtant très présent dans le Coran, il y a un jeu de miroirs entre la face humaine et la face divine. Dans les textes de la mystique musulmane, appelée soufisme, le visage est vénéré, et surtout celui de la femme : il est la visée de la contemplation. Car là se révèle l’épiphanie divine la plus parfaite : « L’homme a été créé à l’image de Dieu. » Cette idée biblique est très présente dans l’islam. « Dieu est beau et il aime la beauté », dit une tradition prophétique. La beauté de Dieu est partout où se trouve la beauté humaine.

Comment expliquez-vous que la burqa soit revêtue par beaucoup de converties?

C’est classique, le converti est zélé. Les dynasties les plus violentes dans l’histoire de l’islam ont rarement été des dynasties d’origine arabe. Par exemple, les dynasties berbères des XIIe et XIIIe siècles étaient intégristes et intolérantes à l’égard des juifs et des chrétiens, qu’elles ont contraints à la conversion ou à l’expatriation.

* Savant et poète, Abdelwahab Med¬deb est professeur à Paris-X. Il a publié « Pari de civilisation » (Seuil).

HIDJAB, BURQA, ETC.

Selon les époques, les musulmanes se sont voilées ou dévoilées. Le voile a été, dans les siècles passés, un phénomène urbain et bourgeois imité ensuite par les classes moyennes. Les intellectuelles et les bourgeoises au Maghreb, en Egypte, en Iran l’ont jeté aux orties dès les années 30. Son retour est identitaire et politique •

LES VOILES « POLITIQUES »

Le hidjab

Le_hidjab

Foulard islamique, parfois coloré, choisi en France, au Maghreb ou au Proche Orient comme première étape par les Femmes qui décident de cacher leurs cheveux.

Le jilbab

Le_jilbab

Long hidjab de couleur terne ou foncée prolongé par une longue robe-manteau.Seuls le visage et les mains sont visibles.

Porté en Europe, au Maghreb, au Proche Orient. Signe de religiosité affichée.

L’intégral

L_integral

De nouvelles adeptes du salafisme et du wahhabisme en Europe, au Maghreb (peu nombreuses) et au Moyen-Orient cachent entièrement leur visage (y compris les yeux) sous un voile noir qui recouvre une longue robe noire.

LES VOILES « TRADITIONNELS »

La burqa

La_burqa

Vêtement traditionnel des femmes des tribus pachtounes, elle est portée exclusivement par des Afghanes. Souvent de couleur bleue, le tissu d’une pièce est « grillagé » à l’emplacement des yeux pour permettre de se déplacer.

Le tchador

Le_chador

Ce grand voile noir iranien couvrant les cheveux et le corps avait été interdit par le père du chah dans les années 30. Rendu obliga­toire par la révolution islamique, il disparaît peu à peu au profit du foulard « occidental » et du manteau long.

Le haïk

Le_haîk

Long voile léger et blanc dont s’enveloppaient les Maghrébines autrefois. Véritable cache-misère, il est encore porté – peu – par les plus pauvres et les plus âgées. Souvent, un morceau de dentelle dissimulait le visage

Le niqab

Le_niqab

Porté en Arabie saoudite et dans les pays du Golfe, il est noir, cache le visage, sauf les yeux. Il enveloppe une longue abaya (robe) noire. Dans les Emirats, le visage était autrefois dissimulé sous un masque

Et chez nos voisins ?

Tunisie Le voile contestataire

En Tunisie, la tête est couverte et une tunique décente recouvre souvent les jeans. Les émissions satellitaires de prêcheurs moyen-orientaux font un tabac dans les classes populaires et moyennes. Elles expliquent comment le bon musulman doit se conduire et se vêtir. Porter le hidjab, c’est à la fois affirmer son identité de musulmane et s’opposer silencieusement à un pouvoir jugé trop laïque et trop pro-occidental. Une circulaire de 1981 proscrit le voile dans les administrations et à l’université et, en 1986, une loi l’interdit dans les lieux publics; un texte impossible à appliquer. En 2007, le tribunal administratif de Hammam-Lif, dirigé par une magistrale, jugeait ce texte inconstitutionnel au nom de la « liberté de croyance religieuse ». MIREILLE DUTEIL

Royaume-Uni La fin du modèle anglais?

Même si le débat y est moins virulent qu’en France, au pays du communautarisme roi, l’affichage outrancier d’une quelconque appartenance commence à inquiéter. Le Daily Express, quotidien populiste de droite, a récemment publié en une un appel au gouvernement à interdire le voile intégral. Le 8 janvier, Yasmin Alibhai-Brown, éditorialiste musulmane du quotidien de centre gauche The ln dépendent à déclaré : «Les musulmans ont le droit d’être libres et égaux, mais pas celui de promouvoir des pratiques qui violent les principes fondamentaux de toute bonne société. » Une position à laquelle semblent adhérer une majorité de Britanniques. De là à envisager une loi l’interdisant, il y a un pas que le législateur ne semble pas prêt à faire.FRÉDÉRIQUEANDRÉANI (À LONDRES)

Turquie Le déclin du çarsaf

Le voile islamique intégral, de type afghan (burqa) ou arabe (niqab), ne fait pas partie de la tradition musulmane turque. En revanche, certaines femmes se recouvrent d’un ample drap noir qui ferme le visage au-dessus des yeux et sous le nez, le çarsaf. Si son usage persiste dans les milieux religieux et radicaux, notamment parmi les populations kurdes ou arabes du sud-est du pays, son port est en constante diminution: selon l’étude de Binnaz Toprak, professeure de sociologie politique à l’université du Bosphore, il concernait 3,5 % des femmes en 1999 et 1,1% en 2006. Comme tous les types de voile, le port du çarsaf est interdit dans les écoles et les universités, ainsi qu’aux employées de l’administration, au nom du principe de laïcité. GUILLAUME PERRIER (À ISTANBUL)

Egypte La vogue du hidjab

Le hidjab, masquant les cheveux, les oreilles et la nuque, est perçu en Egypte comme conforme aux préceptes de l’islam. Son port connaît une progression fulgurante, dans les administrations, les entreprises, les universités, les hôpitaux, les professions libérales. Seule exception: le petit écran. Aucune femme voilée ne peut obtenir un poste à la télévision. D’après une étude officielle publiée l’été dernier, 18% des Egyptiennes portent le voile intégral (niqab). Selon les sociologues, cette adoption serait due, pour une large part, au wahhabisme importé des pays du Golfe par les femmes des travailleurs migrants de retour en Egypte. Des magazines de mode islamique sont nés, dont HijabFashion en 2009. DENISE AMMOUN (AU CAIRE)

Ce que dit le Coran ?

Origine. La burqa a-t-elle un fondement religieux ? Mise au point.

PAR CATHERINE GOLLIAU

Et Dieu, qu’en pense-t-il ? De la burqa, rien ou presque. Pour les musulmans, c’est Dieu qui, par le biais de l’ange Gabriel, a dicté à Mahomet les sourates du Coran, leur livre sacré. Or trois d’entre elles seulement évoquent le fait que la femme puisse se voiler. Encore le vocabulaire utilisé et le contexte où sont nés ces versets invitent-ils à la prudence. Dans la sourate XXIV (i), dite « La lumière », les versets 30 et 31 disent ainsi : «Dis aux croyants qu’ils baissent leur regard et soient chastes […]. Dis aux croyantes de baisser leur regard, d’être chastes, de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît.

Qu’elles rabattent leur voile sur leur gorge! […] » Le mot utilisé pour voile est khimar, que l’on traduit par mantille ou mante ; celui qui évoque la poitrine est juyub, qui veut dire aussi échancrure, et donc sexe. Pour certains historiens, la sourate aurait été édictée pour mettre un peu d’ordre dans les pratiques anté-islamiques. Il était habituel en effet de tourner nu autour de IaKaaba, ce fragment de météorite qui était adoré là. On se frottait même les parties génitales sur la pierre. Le Coran exige donc alors plus de pudeur de la part de ses fidèles.

Le Coran évoque encore le problème de la protection de la femme dans la sourate XXXIII («Les factions»). Le verset 59 s’adresse à Mahomet: «O Prophète, dis à tes épouses, a tes filles et aux femmes des croyants de serrer sur elles leur voile! Cela sera le plus simple moyen qu’elles soient reconnues et qu’elles ne soient point offensées […]. »

Quel était alors le problème ? Mahomet, qui a fui sa ville natale de La Mecque où sa vie était en danger, s’est installé avec sa petite communauté de croyants à Médine. Là, tout le monde vit vaille que vaille sans confort, et les femmes qui doivent sortir le soir dans le désert pour se soulager sont souvent dérangées par des jeunes gens. Il faut trouver une solution : pragmatique, le Coran leur conseille donc de se protéger pour sortir. Le mot utilisé ici pour voile est jilbab, qui donnera plus tard djellaba ou galabya, la longue robe portée par les hommes et les femmes de l’Egypte au Maroc. «Jilbab désigne ici le buste, la partie du corps où la séduction devient provocante, assure l’anthropologue Youssef Seddik («Nous n’avons jamais lu le Coran», Editions de l’Aube, 2004). Mais quand on dit que quelqu’un, homme ou femme, pleure un proche, on dit aussi qu’il a déchiré son jilbab. Cela n’a donc rien à voir avec la burqa.»

Dans la même sourate, le verset 5 3 ne concerne que les femmes du Prophète : « O vous qui croyez ‘.N’entrez dans les appartements du Prophète que quand vous en est donnée la permission pour un repas[…]. Quand vous demandez un objet aux épouses du Prophète, demandez-le derrière un voile. » Là aussi, l’approche coranique est très pragmatique : les femmes de Mahomet étaient constamment dérangées par les allées et venues des solliciteurs de leur époux, dont certains se conduisaient de manière cavalière ; il en allait donc de la dignité du Prophète lui-même, d’où l’obligation du voile, traduit ici de hidjab, rideau. Ainsi naît la règle du purdah, de la séparation entre hommes et femmes. Les textes en témoignent : le Coran veut protéger la femme, mais il n’exige pas qu’elle se cache. Rapidement pourtant, notamment dans les villes, le confinement des femmes va se généraliser, et le voile plus ou moins couvrant deviendra la règle. Les théologiens vont s’appuyer sur un hadith (propos censé avoir été tenu par Mahomet lui-même) qui assure que «tout le corps de la femme est awra [à cacher), excepté ses mains et son visage». Mais les sources de cette sentence ne sont pas considérées comme irréfutables par les grands compilateurs de hadiths qui font la loi en la matière et le commandement n’est pas considéré comme obligatoire. D’ailleurs, il est assez contradictoire avec la personnalité du Prophète lui-même, grand amoureux des femmes… Comme le rappellera en octobre 2009 le cheikh Mohammed Tantaoui, imam de la prestigieuse université Al-Azhar, quand il ordonnera à une collégienne d’enlever son niqab (masque), se cacher le visage relève de la tradition, pas de la religion.

Pouvoir.

Mais si Dieu n’y est pour rien, pourquoi jouer les longues dames noires dans les rues de Paris ? Pour se mortifier ? C’est la thèse du psychanalyste Fethi Benslama : «On est ici dans une radicalité liée à la volonté de disparaître. Le voile total nie la qualité fondamentale de la personne, son paraître. La femme, y compris son regard, devient tabou, obscène. Porter volontairement la burqa est un comportement masochiste, et même au nom de la liberté individuelle ce n’est pas acceptable. L’islam radical le sait, il veut sortir le corps de la femme de l’espace public et teste nos limites: concentrer l’attention sur la burqa, c’est à terme accepter le voile, devenu moindre mal» Regard d’homme? «La burqa, c’est l’armure du soldat, assure l’essayiste tunisienne Fawzia Zouari, auteur de « Ce voile qui déchire la France » (Ramsay, 2004). Quand les hommes politiques français parlent d’atteinte à l’identité, ils n’ont pas interrogé les femmes qui la portent» Certes, pour les converties, il peut s’agir selon elle d’une volonté de mortification : «Elles viennent en général de milieux chrétiens et en gardent les réflexes: il leur faut aller jusqu’au bout du chemin du Christ pour faire mieux que les autres. Or elles se trompent: l’islam n’est pas une religion de mortification, mais de vie» Et le voile, en l’espèce la burqa, peut aussi être élément de séduction. «La littérature arabe en témoigne: le voile est porteur de mystère. Il embellit la femme, met en valeur ses yeux. A l’époque du Prophète, on a critiqué une femme en deuil qui était apparue voilée : la pudeur et la décence exigeaient le contraire.» Pour cette observatrice attentive des comportements féminins dans l’immigration, la burqa est d’abord un marqueur social et un instrument de pouvoir: «Quand une beurette se dissimule ainsi aux regards, elle devient porteuse d’un poids symbolique énorme. L’islam, c’est elle. Les frustrés, c’est nous: elle nous voit, nous ne la voyons pas.» Et si l’on arrêtait de jouer? «Le Coran», traduction de Régis Blachère (Maisonneuve et Larose, 1966).

Un siècle de luttes

XIXe siècle : colonisation et premiers écrits musulmans sur la libération de la femme.

1922 : Atatürk interdit le port du voile en Turquie.

1923: la féministe égyptienne Huda Sharawi enlève officiellement son voile.

1936: en Iran, le chah interdit le voile.

1959: port du voile facultatif en Afghanistan.

1970: début du voile islamique en Egypte.

1979 : révolution iranienne. Des femmes en tchador descendent en masse dans la rue.

1996-2001: les talibans rendent la burqa obligatoire en Afghanistan.

2009 : l’université égyptienne Al-Azhar interdit la burqa à ses étudiantes.

Publicités

Publié 30 mai 2010 par micdec dans Actualités et politique, Aventure

Tag(s) associé(s) : ,

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :