TR.01 – Mes 20 ans et ma période d’Instruction Militaire : le CI !   5 comments

MES TRANCHES DE VIE

Voici le premier des événement marquant de ma vie  :

 

Mes 20 ans et ma  période d’Instruction Militaire : le CI !

 

Vous allez faire connaissance avec les sous-officiers « Instructeurs » de la Compagnie d’Instruction, ceux qui m’ont forgé, en Afrique du Nord, une  âme bien trempée, de Novembre à Février 1956

La guerre d’Algérie a commencé depuis déjà un certain temps, des rappelés sont partis et la situation ne s’arrange pas, puisque maintenant ce sont des appelés qui sont envoyés là bas et le service militaire est actuellement de trente mois.

J’ai encore un morceau de mon gâteau d’anniversaire dans mon sac, mais je n’ai pas faim, j’ai l’estomac noué. Je suis d’autant plus triste que, me croyant très fort et pour éviter des effusions douloureuses sur le quai de la gare, je n’avais pas prévenu mon père de la date exacte de mon départ. Seule ma Fiancée était venue m’accompagner.

Le pire est arrivé alors que le train a commencé à s’ébranler et, que par la fenêtre de mon compartiment j’ai aperçu au loin, tout au bout du quai, mon père qui courait, qui courait…..Il était venu pour me voir une dernière fois mais, ayant appris tardivemment l’heure et le lieu de mon départ par les parents de ma fiancée, il est arrivé juste pour voir le train s’éloigner. Le train a pris de la vitesse et c’est le cœur serré d’une indicible tristesse que j’ai vu sa silhouette désespérée diminuer, un bras encore levé au bout de ce lugubre quai de gare.

Quel poète a dit que c’était triste, un quai de gare en novembre ?? Je ne sais plus et je refoule mes larmes à grand peine.

En plus de la tristesse, les remords m’assaillaient et ce n’était pas fait pour me remonter le moral.

(NDLR : Cette pénible situation à été provoquée par la mésentente de mes parents qui durait depuis de nombreuses années. Dès mon plus jeune age, j’étais tiraillé entr’eux deux et ai beaucoup souffert de cette situation. Ma mère avait même réussi à me dresser contre monn Père lorsque j’avais 18
ans, chose horrible qu’aujourd’hui encore je ne puis lui pardonner.

Par la suite j’ai appris que mon Père avait supporté beaucoup d’humiliations et avait eu beaucoup de peines mais qu’il avait « tenu le coup » jusqu’à ce que j’atteigne mes 18 ans et que j’ai démarré dans la vie active par un premier travail en usine. Ensuite, il a entamé une procédure de divorce.)

Après, tout a été très vite dans ma tête…. Marseille, l’arrivée à la Base Aérienne de transit, l’embarquement dans un bimoteur Nord 2501, six heures de vol dans un avion non pressurisé ni chauffé. De plus, afin d’éviter un orage le pilote s’est vu obligé de monter en altitude et la condensation se transformait en glace sur les hublots, à l’intérieur de l’avion.

Nous finissons par atterrir en Tunisie, à Bizerte, du côté de la base aérienne et aéronavale militaire précisément..

(les pistes sont partagées avec l’aviation civile Tunisienne mais le Controle Local Aérien est effectué par des militaires Français)

Les trois mois obligatoires de CI (Compagnie d’Instruction) ont été extrêmement difficiles pour nous, jeunes Parisiens. En effet, sur la soixantaine ‘appelés du contingent qui constituait cette compagnie, il y avait cinquante-neuf parisiens et un paysan qui était là par erreur. (Une erreur d’écriture d’un « petit besogneux » bien planqué, dira-t’il par la suite, car il en a « bavé » bien plus que nous !)

Cette « sélection »de Parisiens ainsi que le choix du site avait été réalisé volontairement par les autorités militaires car nous l’avons appris par la suite…. mais à nos dépends ! En effet, les Parisiens avaient la particularité d’être des « têtes de bois », dixit la hiérarchie militaire qui nous encadrait !!

Comment vous décrire le site ?? C’était situé à proximité immédiate d’un fort, perdu en plein djebel, sur un mont qui se dressait là, presque en bordure de mer. Le site en question portait le doux nom de « Djebel Kébir » et n’était, comme l’est un iceberg, que la partie apparente d’un ensemble souterrain extrèmement complexe et secret.

La France voulait à tout prix maintenir sa présence militaire dans ce fort car il disposait d’une situation priviligiée et stratégique au bord de la Méditerrannée.

Après ma libération des « obligations militaires », j’ai appris que des combats assez meurtriers avaient eu lieu entre l’armée Tunisienne et les militaire Français pour l’occupation de cette base secrète. Si mes souvenirs sont exacts, une piste de décollage existait dans les entrailles de ce mont !

Il n’empêche que cette seule partie extérieure et « apparente » à été pour nous le lieu ou nous avons vécu une tranche de vie très très difficile !!. En effet, c’était en partie un fort dit « disciplinaire », ou étaient envoyés « en punition » certains sous-officiers qui avaient…..manqué à quelques devoirs inconnus de nous. Mais cela se disait très, très discrètement !!

Sans trop entrer dans les détails, je me dois cependant de confirmer que nous entrions sans le savoir dans une phase de trois mois d’enfer, car cette compagnie d’instruction était volontairement conditionnée pour réussir à tout prix sa mission principale : briser les « fortes têtes » d’une part (ce qu’étaient censés être les « parisiens ») et endurcir les calmes et timides d’autre part.

Notre « camp » était composé de 8 tentes de grosse toile de dix places environ, qui étaient plantées chacune sur un plan taillé à flanc de colline. Nos seuls visiteurs étaient de pauvres berger qui venaient quémander du pain rassis et du vin (eh oui !). En échange, ils nous fournissaient des mandarines volées dans les vergers de la plaine. La photo, ci-contre à droite, représente un père et son fils, mes fournisseurs principaux en fruits frais.

Les WC étaient constitués d’un simple trou de un mètre de diamètre et de quelques mètres de profondeur au-dessus duquel était posé une cabane en bois très étroite. Celle-ci était calée, d’un côté, avec de grosses pièrres à cause de la pente très forte. Lorsque le trou était plein, des volontaires étaient désignés pour creuser un autre trou et reboucher le précédent en surface. L’astuce pour satisfaire ses besoins sans tomber à cause de l’équilibre instable de la construction, était d’accrocher notre ceinturon à l’angle supérieur gauche de la porte et de s’y cramponner ferme. « A la guerre comme à la guerre » disait-on entre-nous !

 Nous pensions tous, souvenirs scolaires obligent, que l’Afrique du nord, c’était le soleil et la chaleur, le sable et les oasis pleines de palmiers, les scorpions et les serpents,les nomades et les chameaux…..ici, nous avons bien vite déchanté !!

C’était en novembre et il pleuvait souvent, ce qui transformait notre camp en pataugeoire boueuse à souhaits.
La nuit il faisait très froid…et dans la journée le soleil brûlait les épidermes.

Les nomades, ces fiers guerriers de nos livres d’enfants, s’étaient transformés en paysans très pauvres (voir photo ci-dessus), illettrés, faméliques et qui suivaient d’un pas traînant leurs maigres troupeaux de moutons et brebis dans le djebel à l’herbe rare.

Les seuls détails qui se sont révélés exacts, ont été les chameaux les scorpions et les serpents ! Ci-contre, une de ces charmantes bébètes que j’avais capturée. C’était un « jaune », des moins dangereux car leur piqure n’amenait qu’une très forte fièvre. Les noirs, par contre, pouvaient entrainer la mort et c’est pourquoi le port des guètres et des « gros godillots » était obligatoire.

Comme le « sol » de nos tentes avait été taillés à flanc de colline, celui-ci avait la fâcheuse  tendance à rester meuble, humide et gadouilleux. Aussi nous devions chaque jour trouver quatre pierres (pas une de plus, ainsi étaient les ordres !) pour compenser l’enfoncement dans le sol des pieds de nos lits. Ceux ci, en effet, étaient faits de croisillons de bois pour les pieds, de deux montants latéraux et d’une toile tendue sur cette armature. Le lendemain, les pieds des lits s’étaient enfoncés de quelques centimètres et nous repartions à la recherche des quatre cailloux indispensables quotidiennement !!

Le reste de la journée se passait en corvées diverses, et surtout en entraînement fastidieux à la marche au  pas, sur une portion de route encaissée.

Sur la photo de gauche, nous sommes « équipés » du harnachement et de la tenue bleue de  « seconde catégorie » avec laquelle nous devions crapahuter » !!

Le harnachement consistait en un casque lourd plus son casque léger, un pistolet mitrailleur (la MAT 49, de la Manufacture d’Armes de Toul !), une gourde pleine d’eau (ça pèse plus lourd !),des guètres et des gros godillots de marche.

  • Nota : Le « flocon de neige » sur les photos vous permet de me repérer, les photos de l’époque n’étant pas de la meilleure qualité !!!

Cet entrainement durait des heures (en plus de la corvée de pierres !) mais notre Sergent Instructeur étant confortablement installé à l’ombre, sur une butte et nous dirigeait en permanence à « coups de gueule ».

C’est ainsi que j’ai appris que l’unité de mesure unique pour un « serpatte » en AFN, c’était le coup de gueule. Copie conforme des camps d’entraînement intensif Américains !!!

Nous avons aussi eu droit au rappel de la fameuse  piqure de « TABDT » dont j’ai oublié depuis le détail  mais qui était un concentré de sérums devant nous protéger  d’au moins cinq maladies (dont le Tétanos, première lettre  du sigle dont je me souvienne encore !).

La première injection s’est passée de manière très folklorique…imaginez une cinquantaine de militaires fort désabillés plantés en rang d’oignons dans une immense salle. Un militaire infirmier passe derrière tous ces dos nus et plante une aiguille au niveau de chacune des omoplate offertes bien
qu’un peu crispées. Enfin, le Médecin Major prend le même chemin, avec dans les mains une énorme seringue.
A cette vue seule, déja quatre où cinq des patients s’écroulent, pris de malaise. Imperturbable, le Médecin ajuste sa seringue sur chacun des enbouts des aiguilles et injecte une dose de son mélange. Là encore une seconde série s’étend sur le carrelage. Ils ont été « finis » quand-même, mais après tout le monde !

Je précise qu’à cette époque les aiguilles jetables n’étaient pas encore inventées et que les médecins militaires ne hangeaient leurs aiguilles qu’après rupture par fatigue….c’est vous dire que l’affutage d’origine de la pointe biseautée remontait aux calendes grecques et que cette pointe était en général plutôt ébréchée.

Lors de ce rappel, qui s’est quand-même passé de manière un peu plus humaine vu notre faible nombre, il nous a bien été signalé que l’absorbtion d’alcool était formellement interdit, même à faible dose comme pouvait l’être la bière et que cette injection pouvait causer une très forte fièvre nécessitant un alitement temporaire, surtout du fait de la paralysie partielle qui allait s’emparer de notre épaule. Il nous à aussi été conseillé de bouger pour éviter l’ankylose du dos. Avec quelques copains, j’ai donc décidé de bouger pour combattre les effets de cette paralysie et nous nous sommes portés volontaires pour effectuer la corvée de service de repas, de grosses gamelles à trimballer et le service individuel dans les tentes. Et les évènements nous ont donné raison car le soir, si nous tenions à peine debout par la fatigue, par contre le mal à l’épaule était bien atténué et nous étions d’attaque dès le lendemain. Ce n’était pas le cas de nos copains qui s’étaient couchés.

Nous n’avons déploré qu’un seul accident : un de nos copains, plus forte tête que les autres, était parti au fort boire quelques bières. Transporté dans un état comateux en ambulance vers la base de Bizerte, nous ne l’avons jamais revu.

Après ces occupations particulières et comme il  devait nous rester un peu de temps, on nous l’occupait par des  séances d’apprentissage de l’entretien de notre paquetage. En  effet, il n’existait rien au monde, aux yeux de nos instructeurs, de plus important et de plus sacré que le paquetage !. C’était une fixation chez eux, une hallucination permanente pour nous.

Dans l’armée de l’air, lors d’un déplacement, toutes les affaires qui nous sont attribuées au départ sont disposées avec une précision toute militaire dans un sac tubulaire de trente centimètres de diamètre et de un mètre vingt de long appelé « sac à paquetage » ou sac de marin. Ça pèse un poids fou, ce truc là et pas aisé à porter, il n’y a pas de poignée !!!

D’après le règlement de nos Sergents Instructeurs, il fallait que le contenu de ce paquetage, dans les tentes, soit disposé « au carré » parfait, sinon, punition.  D’ailleurs, spécialement pour ce fort, les instructeurs avaient  inventé le paquetage au cube », avec la gamelle ronde, en aluminium et reluisante (astiquée à la boue !) placée  devant, verticalement. De plus, la fourchette et la cuiller devaient être placés en croix à 90 degrés. Allez donc mettre tout ce que contient cet énorme sac à paquetage tubulaire, dans un cube parfait au millimètre près. !!

Il est vrai que ce millimètre là était absolument indispensable à nos « instructeurs » lorsqu’il fallait des volontaires « désignés d’office » pour les punitions et les corvées !

 Le matin, réveil chronométré au clairon. C’est « l’appel ». Nous disposions de cinq minutes pour :

  • Se lever s’habiller, faire le lit en pliant la couverture et les draps « au carré » au pied de celui-ci,

  • Vérifier que les trois paires de « pompes » étaient bien cirées, alignées (posées sur la boue !)  au pied du lit,

  • Vérifier le « cube » du paquetage, sortir, se mettre en rang au « garde à vous ».

Et la sentence tombait…dix secondes de trop, on recommence. « Rompez » les rangs…. il fallait tout, je dis bien tout recommencer : se déshabiller, se recoucher…c’était contrôlé impitoyablement…..Et le clairon qui sonnait de nouveau ! On recommence quatre fois, cinq fois, parfois on a envie de hurler, de crier.., il faut serrer les dents et recommencer. Celui qui craque ??..crac….punition : une, deux….dix « tenue de campagne ».

Juste pour information, sachez que j’ai « gagné » 10 tenues de campagne à cause d’un camarade qui avait involontairement maculé de boue une de mes chaussures, celles déposées au pied de mon lit, tant il était sorti précipitemment de la tente  !

Cela aussi était une invention diabolique de nos instructeurs. Le soir, après la soupe et alors que les copains chanceux (les non punis !) vaquaient enfin à leurs affaires personnelles (courrier aux familles, couture, lecture etc..) nous, les « punis » devions à la nuit tombante casser notre beau paquetage au cube et le mettre dans un ordre précis (c’est écrit dans le règlement !) dans le sac à paquetage.

Nous devions revêtir la tenue de campagne adéquate et l’épais et lourd manteau d’hiver; La gourde de un litre et demi remplie d’eau : ça fait plus lourd ! ) devait être en bandoulière à gauche , idem à droite pour le sac contenant la fameuse gamelle qui devait, pour l’occasion, être remplie de terre et de cailloux. En l’occurence, elle était en général emplie de boue ! Nous devions aussi porter à la main le fusil, un MAS 36 qui faisait bien ses huit Kg, (c’est la Manufacture d’Armes de Saint Etienne qui a fabriqué cet engin la même année que celle de ma naissance , c’est malin !). Le paquetage sur l’épaule droite, et l’on pars au pas cadencé sur la fameuse « route de la marche au pas ».

L’instructeur se cale à son endroit habituel sur la butte, une puissante torche à la main et le cirque commence.
Les paquetages sont posés au sol, et on « crapahute » sans fin. « En avant…arche, demi tour à gauche ….auche, présentez….arme,…reposez…arme etc.. . et cela dure un temps fou, on ne sait plus, il fait noir, on est comme hébétés.

 A la fin, l’instructeur nous fait mettre « en rang dans le désordre », c’est à dire à une place différente dans les rangs par rapport à notre arrivée, et on repars au pas chercher les paquetages (tout est calculé : dans la nuit, on est quasi certain de ne pas retrouver « son » paquetage).
« Rompez les rangs, dix minutes pour regagner le camp, et en rangs à l’arrivée ! ».

Paquetage sur l’épaule, (il doit peser dans les trente Kg ce truc ! ) il faut partir droit devant soi avec interdiction d’utiliser la route, il faut couper à travers le djebel dans la nuit noire. Pour tenir les dix minutes, il ne faut pas traîner en chemin, tout échec est sanctionné par de nouveaux jours de « tenue de campagne ». La galère, en quelque somme.

 A ce moment, la vraie difficulté commence à cause de la boue dans laquelle on patauge en escaladant les buttes. Les copains ?  il n’y en a plus, c’est chacun pour soi, à qui bousculera l’autre pour passer le premier. Tant pis pour les plus faibles… il faut que ca passe dans le temps imparti ou que ça craque ! Et à l’arrivée, on doit reformer les rangs.

L’instructeur veille, tout comme un chien de prairie qui tourne autour d’une proie, il détecte immédiatement les rainards qui  sont impitoyablement mis à l’écart. Et si, par bonheur, on a la chance d’être dans les temps, on  peut enfin rompre les rangs… mais commence alors une nouvelle  galère : comment récupérer « son » propre paquetage  ???

(enfin, lorsque j’écris « propre », c’est un  délicat euphémisme vu la gadoue générale !)

Je vous laisse deviner la quête fébrile, dans la faible  lumière qui sourd de l’intérieur des tentes….De plus, comme  nous avons l’interdiction absolue de déposer un quelconque  repère où marque distinctive sur les paquetages, il faut  ouvrir….et tenter de reconnaître le sien. C’est l’occasion de  nouvelle pagaille et de nouveaux soucis.

Vient ensuite la pénible corvée du nettoyage des vêtements, des chaussures, du paquetage lui-même, du fusil, de la gourde…. bref, de tout ce qui, plus ou moins, est couvert où empli de boue.

Le problème est que dans notre camp, il n’y a pas l’eau  courante. Celle-ci est amenée par une citerne tractée par une Jeep et pompée à la main (les punis de corvées s’en  souviennent encore ! ) dans un réservoir stationnaire cubique de  deux ou trois cent litres d’eau. Au bas de ce réservoir est fixé un tuyau métallique horizontal  qui est équipé d’une vingtaine de robinets. C’est l’eau  destinée à la boisson et à la toilette du matin.

Mais hélas, c’est le seul moyen à notre disposition, ces nuits  là, pour nous débarrasser de cette boue collante. La aussi,  certains craquent et afin d’aller plus vite montent tout  habillés dans la cuve lorsqu’elle est presque vide et que l’eau  coule chichement aux robinets. Le lendemain matin, l’eau de  débarbouillage est jaunâtre, les robinets se bouchent…. et il  faut encore désigner des volontaires pour la corvée de vidange,  de nettoyage et de remplissage de la maudite cuve !

La photo ci-contre à droite montre les « habitants »  de ma tente encore habillés en « tenue de crapahutage »,  un après-midi ensoleillé……(nous étions à huit où dix par tente). Parfois nous partions pour ces exercices de marche équipés de fusils MAS 36, notre Instructeur tient encore le sien ici !

Vous remarquerez que nous conservions quand-même le sourire !!!

En dehors de cela, la vie courante, (le train-train quoi !)  nous réserve encore quelques surprises qui sont puisées directement dans « le règlement » par nos GI (Gentils Instructeurs!) : LA REVUE DE CAMPAGNE!

C’est aussi une fixation, une espèce de maladie contagieuse qui  n’a pas d’antidote connu. C’est la revue de tout et de rien,  juste pour vérifier que l’on sait encore comment bien ranger le  paquetage dans son sac, que l’on n’a pas perdu une seule des  précieuse pièces de la gamelle en alu, que le canon du fusil est propre, que les chaussures sont en bon état, que les « godillots » de marche possèdent bien le nombre de clous réglementaires etc.,.

En général, c’est annoncé le matin, pour le lendemain. C’est enfin humain, on a un délai pour se préparer au pire !

Quelques gradés du Fort et de haut niveau sont présents, ils  sont en effet, chargés d’une mission capitale (entr’autres) qui  consiste à surveiller périodiquement le bon état du matériel  de l’armée. Pour le paquetage, il faut bien évidemment détruire la si belle  et fugitive ordonnance cubique, et, comme le précise le  règlement, loger le tout dans le sac tubulaire en respectant  scrupuleusement l’ordre édicté par le règlement.

Ensuite, à l’appel de son nom, chacun doit sortir de sa tente et  est convié à participer à la plus belle scène de délectation  intellectuelle de sa vie. En effet, les gradés prennent un malin plaisir à lui faire sortir un par un tous les objets et vêtements du sac à paquetage, mais pas dans n’importe quel ordre, ce serait trop simple. En effet, cet ordre est inventé de toute pièce suivant  l’humeur du moment (et du gradé !) ce qui impose au pauvre « trouffion » de farfouiller jusqu’au fond de son sac s’il lui faut sortir « la chaussette droite de la tenue d’été » juste un peu avant la chemise beige de seconde catégorie de la même tenue d’été !

Bien sûr, après inventaire écrit de tout le contenu du paquetage, les pièces de vêtements sont jetées négligemmentet en vrac sur le sac posé au sol.J’ai appris à ce moment ce que voulait dire l’expression « ronger son frein »……où savoir se dominer !!!!!

(NDLR : pour la bonne compréhension de tout ceci, il faut  savoir qu’à l’arrivée dans une base de l’Armée de l’Air en AFN, chacun est doté, en gros, d’une tenue de sortie neuve dite de première catégorie, et d’une tenue déja portée un an, dite de seconde catégorie. L’année suivante, la tenue de sortie devient de seconde catégorie et le soldat touche une nouvelle tenue de sortie neuve. De plus, comme c’est la haute autorité militaire de Paris qui décrète la date précise du port de la tenue d’été, vous comprendrez aisément que nous étions dotés de deux genres de tenue. La tenue d’hivers, bleue foncée,
épaisse et lourde, celle d’été, plus légère et de couleur beige-crème)

Voici retracé en quelques lignes ce passage important de ma vie en tant que jeune appelé du contingent en Afrique du nord, cet épisode que l’on appelle « la Compagnie d’Instruction, le CI, quoi !!.

Trois mois dans une vie, c’est infime mais personnellement, je les ai ressentis comme étant les plus longs de tous.

Nous voici photographiés par notre Sergent Instructeur, après une « présentation aux couleurs » dans la « place au drapeau » du fort, cérémonie obligatoire chaque jour de l’année. Le matin, le lever des couleurs (le drapeau tricolore est hissé en haut du mat dont chaque base où fort est dotée, le tout au son du clairon) face à un peloton minimum de dix militaires désignés au hasard comme volontaires. Le soir, même scénario avec la descente des couleurs.

Du temps à passé depuis, et, ayant effacé de ma mémoire les plus mauvais moments de cette époque, je me suis pris à philosopher . J’ai alors constaté que cette terrible épreuve avait finalement été bénéfique pour ma vie, mon caractère….bref, elle m’avait forcé, entr’autres, à me découvrir des facultés d’analyse, à me forger une volonté solide et à acquérir de la patience en toutes choses ! Je suis aussi devenu moins timoré et ai appris à courir des risques….bref, à me lancer dans la vie.

J’y ai aussi appris à résister à l’adversité sans trop sortir de mes gonds….et surtout qu’en toute chose, le malheur doit devenir (au moins) profitable.

Merci alors à vous, les « Instructeurs », même si parfois vous y mettiez une pointe de sadisme, merci à vous les gradés, merci le « règlement », grâce à vous, envers et contre vous, je me suis fait homme et je me sens plus à l’aise dans ma peau.

Soyez certains, y compris les 59 copains de la compagnie, que vous avez tous laissé une trace profonde en moi et je vous en remercie, même si cela fait presque quarante ans ……..déjà !.

Pour information, la photo de fond (ci-dessous) représente la tour de contrôle de la base la plus voisine, celle de Bizerte.

Michel DECOMBLE,

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Publié 9 mai 2011 par micdec dans MES TRANCHES DE VIE

5 réponses à “TR.01 – Mes 20 ans et ma période d’Instruction Militaire : le CI !

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  1. que dire Michel .!!!!!!!!! émouvant….difficile.
    des souvenirs durs qui ont dus te marquer à vie.!
    amitiés
    Norbert

  2. J’ai envie de faire un peu d’humour pour te consoler 😆

    • Snifffffff…ouiiiiiRosine, au secours…J’ai besoin de ton humour et d’être consolé… Tu vois, ce soir tu as réussi a me dérider…j’en avais bien besoin…… Surtout que j’ai encore deux « tranches de vie » à publier dont une assez tragique…mais a suivre….Pour respecter l’ordre de parution dans le blog, je vais devoir les poser dans l’ordre des dates et des N°…bien qu’en ouvrant le blog, ils soient a l’envers de la logique…mais j’ai vu que je pouvais changer les dates…donc de quoi remettre tout dans l’ordre…espoir d’y arriver !! Bisous et merci de tes messages amicaux et avec de l’humour…J’adore !! Michel

  3. T’es pas fâché ?
    C’est pour rire…
    Bises et bonne soirée

    • Mais non ma chère Rosine, bien au contraire, j’ai bien aimé tes remarques amicales et plaisantes….mon seul problème est que j’ai été plus qu’occupé ces deux derniers jours par un très grave problème et je n’ai pu te répondre de suite…sur le même ton que toi, mi sérieuse, mi plaisante LoL…mi-ange, mi- démon ? je suis comme toi en tant que Scorpion !!! Promis, des que je vais donner le coup de talon au fond de la piscine, je vais remonter et aspirer un goulée d’air frais…en relisant tes messages… Et puis, j’ai bien étudié tes blogs qui sont superbes et je ne te cache pas que je m’en suis un peu inspiré….pour créer mon dernier blog que j’ai dédié à ma croisière de novembre 2010…il est en construction…mais je bute sur un problème de font, de leur dimension et couleur…WP est rebelle !!! Mais tu me sers de modèle et si tu as réussi a le mater, je devrais bien y arriver…malgré mon grand âge MDR !!! En attendant que je refasse surface, je t’envoie un amicale bise….en espérant que ce message te parvienne comme WP me l’a promis….j’innove LoL A bientôt jeune Fille…. Michel

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