Et la guerre de 1914/1918 libéra… le soutien-gorge   Leave a comment

 Le soutien-gorge a été inventé par une Française, Herminie Cadolle. L’histoire de cette pièce de lingerie intrigue encore aujourd’hui les chercheurs.

 

C’EST UN PAN MÉCONNU de la grande Guerre, qui a été évoqué alors que s’est tenu Samedi 13 décembre 2014 pour la première fois un colloque à Paris, à l’institut français de la mode, pourparler « mode, vêtements et société». Le soutien-gorge a 100 ans et c’est à la guerre de 1914-1918 que les Fançaises le doivent ! « C’est elle qui véritablement généralisé le port de cette pièce de lingerie féminine », explique Catherine Ormen, historienne de la mode, auteur de « Lingerie française »*. Quand les poilus reviennent dans leur foyer après quatre ans de combats acharnés, ils trouvent dans leur penderie leurs vêtements étriqués d’avant-guerre ; Leur silhouette reste vieux jeu, quand celle des femmes s’est allégée. C’est qu’en leur absence ces dames, qui les ont remplacés aux champs, dans les usines, les hôpitaux, les bureaux, en ont profité pour jeter aux orties le corset, ce sous-vêtement rigide et inconfortable qui les entravait depuis plus de… quatre siècles. Et cette libération, elles la doivent à une autre guerre :celle de 1870.2014-12-14_194431

Après la défaite face à la Prusse, le pays bouillonne. C’est dans le climat d’une Europe en pleine convulsion sociale et politique qu’émerge le courant hygiéniste porté par la bourgeoisie : dès la fin du XIXe siècle, des médecins marqués par la maladie du siècle — la phtisie, la tuberculose de « la Dame aux camélias » — commencent à dénoncer les méfaits de ce corset qui empêche la femme de respirer et comprime ses organes abdominaux au risque de la rendre incapable d’enfanter : ennuyeux pour un pays qui rêve de prendre sa revanche ! Parallèlement, ce même courant réformateur prône les vertus du sport, y compris pour la gent féminine, « dès fin XIXe », relève Catherine Ormen. « Pour bouger, les femmes vont se mettre à porter des demi-corsets. Dans les tableaux de Gustav Klimt, qui était en relation avec le grand couturier parisien Paul Poiret, elles n’en portent plus, d’ailleurs : les robes sont fluides, le corps est libre. »

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Le corset descend sous la poitrine et se fait gaine. En haut, le cache-corset, ce haut échancré en coton ou batiste dénué de baleines, qu’on enfilait entre la robe et le corset pour en cacher l’usure, gagne du terrain.

« Le soutien-gorge descend de ce cache-corset. Ce haut garni de dentelles ou de broderies que l’on boutonnait par-devant avec dix petits boutons va devenir brassière et prendre le nom de soutien-gorge, gorgerette ou maintien-gorge »

précise l’historienne. Dès 1904, le « soutien-gorge » entre dans le dictionnaire Larousse. Quand la guerre éclate en 1914, les grands magasins le proposent déjà dans leurs catalogues…..

Mais son succès, la brassière va le devoir à la pénurie de l’arrière : elle est facile à fabriquer dans une simple bande de tissu, aisée aussi à laver. Mieux encore, tricotée au crochet — donc en rond —, elle épouse l’arrondi du sein, esquissant déjà le bonnet d’aujourd’hui. Elle est aussi sans pareil pour accomplir, sans gêne, toutes les rudes tâches, alors que les femmes se retrouvent piliers de l’effort de guerre : « munitionnettes » dans les usines d’armement, factrices, conductrices de tramway, maréchal-ferrant, infirmières…

Dans les années 1920, on s’enivre de la paix retrouvée. Paris devient la capitale de toutes les avant-gardes : pendant que Mistinguett triomphe au Casino de Paris, l’ouvrière, l’artiste ou l’aristo swinguent ensemble au son du jazz fraîchement Importé d’Amérique. Sous l’impulsion de mademoiselle Coco Chanel, elles adoptent une coupe « à la garçonne », des jupes plus courtes. Le soutien-gorge, lui, se fait aplatisseur. «Il devient une bande qui serre la poitrine, laquelle doit se faire oublier. Pour les femmes, c’était une manière de s’affranchir des conventions du passé, analyse Catherine Ormen.

Pendant la guerre, elles avaient assumé le rôle des hommes. Elles se sont rapprochées des critères masculins pour marquer leur nouvelle liberté. »

Mais les années 1930 remettent les femmes aux fourneaux. Tandis que les hommes retrouvent les épaules larges, avec des costumes à la carrure affirmée, la société se recodifie, on se fréquente de nouveau entre gens du même monde. Les seins sont priés de se réaffirmer : les deux bonnets retenus par un nœud se séparent. La poitrine est revenue aux canons naturels de la femme. Les hommes ont repris le pouvoir.

Ce document, transmis pour information, à été réalisé par ALINE GÉRARD

Et édité par « Le Parisien » du dimanche 14 décembre 2014

« Lingerie française », Ed. Plon, 160 pages, 25 €

« Brève histoire de la mode » Ed. Hazan, 208 pages, 25,40 €

 

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