DIALYSE = PLUS C’EST LONG………   Leave a comment

Dialyse : plus c’est long…

Situé à Angers, le centre de néphrologie et d’hémodialyse d’Orgemont offre la possibilité aux patients de pratiquer une dialyse longue (3×7 heures/semaine). Cette pratique, peu répandue en France, offre une qualité de traitement et de vie incomparable. Et ce ne sont pas que les médecins qui le disent…

2014-12-25_153742

Angers, 19 août 2011,21 heures : vu de l’extérieur, le centre de dialyse d’Orgemont semble s’être enfin assoupi, après une activité diurne particulièrement intense. Quelques lumières en étage laissent cependant deviner la présence de curieux veilleurs. A cette heure avancée, on croise d’abord dans les couloirs le personnel d’entretien, puis quelques infirmières, enfin un néphrologue sortant tout juste de consultation. Il nous prévient : «Les premiers patients vont arriver, vous allez voir c’est une ambiance très particulière». A moitié rassurés, nous avons le vague sentiment de participer à une expérience, sinon clandestine, au moins singulière. A proximité de la salle d’attente, l’on entend enfin des bruits.de pas, de plus en plus audibles. Une silhouette d’homme se dessine. Voici donc l’un des 10 seuls patients qui pratiquent la dialyse longue dans le département. Claude Gougeon paraît calme, heureux d’être là. La dialyse, pour lui, était d’abord synonyme de fatigue. Ça, c’était avant de connaître la dialyse de nuit qu’il a commencé il y a 4 mois. « Ça n’a plus rien à voir, Je suis bien moins fatigué qu’avant, je n’ai plus de problèmes de tension, je ressens finalement un mieux-être global, une énergie nouvelle ». Et ce magasinier, levé tous les matins aux aurores, en a bien besoin ! C’est bien là le point commun de tous les patients qui ont choisi la dialyse de nuit : un désir farouche de disposer librement de leurs journées, au prix de trois nuits par semaine en dehors de chez eux. Et si les contre-indications médicales sont rares (il faut tout de même que ces patients soient stabilisés et n’aient donc pas de comorbidité cardio-vasculaire importante), les bienfaits sont importants.

Dialyse conventionnelle contre dialyse longue : le jour et la nuit

La dialyse longue est loin d’être une nouveauté. C’est même, pourrait-on dire, la plus ancienne des formes de dialyse puisque son initiateur, le Pr Guy Laurent, l’a commencé en 1968 à Tassin (qui continue à la proposer). Là-bas, la survie des patients traités selon ce programme a toujours été meilleure que celle de groupes similaires traités de façon conventionnelle (ceci étant dû, essentiellement, à une mortalité de cause cardiovasculaire plus faible). Le Dr Jean-Philippe Durande qui a longtemps plaidé pour que la dialyse longue soit proposée au centre d’Orgemont en est convaincu : cette forme de dialyse est la meilleure, et il l’explique scientifiquement. Une dialyse de 4 heures va réaliser tout un tas de bouleversements chez le patient. Il se fatigue car on lui enlève rapidement du volume hydrique qu’il va devoir récupérer sur d’autres secteurs pour remplir à nouveau ses vaisseaux. A l’intérieur de l’organisme s’opèrent des mouvements de rééquilibrage entre son eau plasmatique et son secteur interstitiel, et entre son secteur interstitiel et son secteur intracellulaire. Ce sont ces échanges qui vont potentiellement générer une hypovolémie avec des hypotensions, des sensations de malaise, des crampes. Mais surtout, chez certains patients, pas tous, cette dialyse provoque une sensation de fatigue. Et cela, on ne sait pas le contrôler autrement qu’en jouant sur le facteur temps – l’efficacité des membranes n’a aucune influence dessus.

Le secret de la dialyse longue ? Sa « douceur », une notion qui n’a ici rien de subjectif. « Plutôt que de faire circuler le sang à un débit de 300 ou 350 ml/minute, on va retomber à 250 ml/ minute, cela fait une différence considérable. De l’autre côté de la membrane, on va faire circuler le dialysat (en sens inverse) non pas à 700 ml/minute, mais à 400 ml/ minute. On va donc avoir un taux de bicarbonate moins élevé, un taux de potassium plus élevé dans le liquide de dialyse et finalement on va procéder pendant la séance à des échanges dans l’organisme qui seront plus doux, plus prolongés, beaucoup plus proches de la réalité physiologique du rein », explique Jean-Philippe Durande.

Je peux désormais manger de la viande midi et soir, des œufs et du poisson, sans risques

Pour toutes ces raisons, les patients qui suivent un programme de dialyse longue nécessitent moins de traitement hypertenseur (une foule d’études l’ont déjà démontré). Globalement, ils ont également une meilleure nutrition. « Certaines toxines urémiques, la leptine par exemple, sont en effet anorexygènes et mettent du temps à être évacuée en dialyse, analyse Frédéric Tollis, néphrologue. Il n’y a pas d’effet seuil mais plus la dialyse dure, plus certaines petites molécules sont évacuées. » A l’exemple du calcium ou du phosphore. Gérard Guilloteau dialyse également de nuit au centre de néphrologie d’Orgemont. Pour ce médecin en nutrition-diabétologie, la nouvelle organisation de ses séances a révolutionné sa façon de manger, et, plus largement, de vivre. «Je peux désormais manger de la viande midi et soir, des œufs et du poisson, sans risques. En fait, je mange mieux et plus. C’est aussi le fait de ne plus perdre de temps qui m’a séduit dans le concept de la dialyse longue. Maintenant, j’ai presque l’impression d’être greffé, parce que je fais tous les jours ce que j’ai à faire. Quand j’arrive chez moi, il est 6h30, je ne suis pas fatigué, je n’ai même plus envie de me coucher. Avant, avec la dialyse conventionnelle, je sortais crevé de mes séances, comme un zombie. Aujourd’hui, je suis plus en forme et il m’arrive même d’avoir du temps libre ».

Et puis il y a cette convivialité, dont Gérard aurait bien du mal à se passer. « L’ambiance est familiale, nous formons un petit cercle. On revoit toujours les mêmes personnes, on discute avant les séances. Ce qui est bien aussi, c’est que pendant la dialyse, nous sommes suffisamment à l’écart les uns des autres pour ne pas nous gêner».

Une technique rare et chère

Dès lors, on peut légitimement s’interroger : compte-tenu de ses multiples bienfaits, pourquoi la dialyse longue n’est-elle pas plus souvent proposée en France ? « La clef, c’est le temps, remarque le Dr Durande. D’abord, ce type de dialyse embête les patients, lorsqu’elle ne se fait pas la nuit. Les patients sont donc les premiers « complices » de la dialyse de trois fois quatre heures, mais ne sont pas les seuls. La dialyse conventionnelle s’est aussi généralisée sous la pression des fabricants de matériel et des établissements de dialyse. Une infirmière qui traite des patients dialysant 4 heures va pouvoir en traiter 8 par jour. S’ils sont dialysés 5 ou 6 heures, elle ne va en dialyser plus que 5, voire 4. Pour les établissements de dialyse, les coûts sont radicalement différents, au point de ne pas être généralisâmes à l’ensemble des patients et des structures, dans notre système actuel. Si on voulait changer le système, il faudrait modifier l’ensemble de la structure des coûts, ce n’est pas rien ! Cela a mis 30 ans à se mettre en place par sédimentation successives. Les hôpitaux auraient aujourd’hui beaucoup de mal à imaginer augmenter leur budget de 30% pour traiter le même nombre de patients » (ndlr : une enquête sur l’expérience rennaise, réalisée par le Dr Tomkievicz, rend compte d’un surcoût par séance de 53 euros).

Une vieille ambition qui a de l’avenir

Même si, comme le reconnaît Jean-Philippe Durande, la création d’une unité de dialyse longue n’était pas une demande pressante des patients, tous les néphrologues du centre en ressentaient intimement le besoin, et depuis longtemps. « L’idée était devenue insistante après avoir entendu un patient qui travaillait très tôt le matin, qui se plaignait de ne pas pouvoir faire grand-chose de ses journées. In fine, c’est toujours le patient qui décide, selon la vie qu’il souhaite mener, mais c’est surtout, selon moi, une technique que l’on se doit de proposer », souligne le Dr Frédéric Toliis.

Pour toute l’équipe cela implique un effort logistique considérable !

Le pari, pourtant, n’était pas gagné. « Quand on a mis en place cette nouvelle modalité de dialyse à Orgemont, le 1er janvier 2011, on craignait d’avoir pas ou peu de patients volontaires, observe le Dr Durande. On a finalement été surpris par la réponse des patients. Nous en sommes à 10, il faudra peut-être bientôt aller jusqu’à 15. Pour toute l’équipe, cela implique un effort logistique considérable ! Les infirmières doivent accepter de travailler la nuit, les médecins de quitter leur boulot à 23h30. Il a fallu également que notre UDM (propriété du groupe Diaverum, ndlr) accepte de ne pas gagner d’argent ». Dotée de toute sa force de conviction, l’équipe médicale espère pouvoir mettre en place prochainement une offre de dialyse longue… de jour. Et ainsi élargir un traitement de qualité à des patients qui ont le temps de prendre le temps.

Romain Boîtillon

 

 

2014-12-25_155937

 

2014-12-25_160003

 

Note : Nous avons essayé d’être le plus exhaustif possible. Si toutefois votre centre ne figurait pas sur cette carte, merci de nous contacter : romain.bonfillon@fnair.asso. fr

 

 

 

 

Décembre 2011 – FNAIR N°128

 

 

 

Publicités

Publié 25 décembre 2014 par micdec dans Aliments et boissons, Aventure, Dialyse Longue, Espoir..., Santé & bien-être

Tag(s) associé(s) : ,

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :