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UN NOUVEL ESPOIR POUR LES MALADES DU REIN

Cinq ans après avoir identifié le rôle d’une protéine dans le développement des affections rénales, une équipe française a réussi à freiner l’évolution de ces maladies par un médicament.

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Dr Alain Ducardonnet, Il est cardiologue et médecin du sport à Paris. Il mène depuis plusieurs années une carrière de consultant en matière de santé pour les médias.

 

 

 

 

LA DECOUVERTE

 En France, de 2 à 3 millions de personnes souffrent de maladies rénales chroniques (MRC). Évoluant discrètement, elles entraînent une perte progressive et irréversible de la capacité des reins à filtrer le sang pour en évacuer les déchets dans les urines. D’où la nécessité d’établir un diagnostic précoce, par une prise de sang ou une analyse d’urines. S’il n’est pas possible d’en guérir à l’heure actuelle, les MRC pourraient néanmoins être ralenties dans leur progression grâce à un médicament utilisé jusque-là contre un autre type de maladie.

En 2010, une équipe composée de chercheurs de l’Inserm, de l’université Paris-Descartes et de l’hôpital Necker-Enfants malades (Paris 15e) avait montré qu’une protéine, la lipocaline 2 (LCN2), jouait un rôle clé dans le déclin de la fonction rénale. En effet, son activation dans les cellules du rein favorise le développement des lésions de cet organe. Dans une étude publiée en janvier dans la revue britannique Nature Communications, la même équipe montre que l’acide phénylbutyrique (PBA), un médicament utilisé jusqu’ici dans une maladie génétique rare, permettrait d’inhiber la production de LCN2, donc de ralentir l’évolution des maladies rénales. Les résultats de cette étude ouvrent ainsi la voie à une perspective thérapeutique prometteuse.

COMMENT ÇA MARCHE ?

 Les MRC résultent souvent d’autres pathologies, qui agressent les reins : diabète, hypertension, maladies auto-immunes (quand le système immunitaire s’attaque par erreur à ses propres organes)… Dans les cas les plus sévères, les atteintes portées au rein font que celui-ci perd progressivement sa fonction de filtre : les protéines, et notamment l’albumine, peuvent alors traverser sa paroi et se retrouver dans les urines en quantité anormale. On parle alors de protéinurie. La protéinurie entraîne elle-même un « stress cellulaire », qui se traduit par l’autodestruction des cellules du rein, au terme d’une « cascade moléculaire » appelée UPR (Unfolded Protein Response).

 Les tests menés par l’équipe du Pr Fabiola Terzi, de l’hôpital Necker-Enfants malades, ont mis en avant le rôle de l’albumine, en particulier, sur les cellules rénales, à l’origine de cette cascade moléculaire. En traitant un modèle de souris atteinte de protéinurie, l’équipe de chercheurs a montré que l’inhibition de l’UPR – et par conséquent celle de la lipocaline 2, responsable du déclin de la fonction rénale – par l’acide phénylbutyrique (PBA) permet de ralentir la progression de la maladie. Une réduction marquée du stress cellulaire a été observée, ainsi qu’une « amélioration spectaculaire » des lésions et de la fonction rénale.

Un premier test d’observation a ensuite été réalisé chez un patient qui présentait une protéinurie associée à une maladie génétique rare, laquelle justifiait un traitement par PBA. Les chercheurs ont ainsi pu évaluer l’effet de la molécule sur l’expression de la lipocaline 2 dans les urines de ce patient. « Nos résultats, vraiment impressionnants, confirment que l’acide phénylbutyrique peut inhiber la lipocaline 2 chez l’homme », conclut Fabiola Terzi. Avec une réserve, cependant : « Ces données doivent être étudiées avec précaution car l’insuffisance rénale de ce patient était associée à d’autres pathologies très complexes. Son profil était donc très éloigné de celui d’un patient « classique ». »

LES PERSPECTIVES

 Désormais, l’objectif des chercheurs est d’étendre rapidement cette étude à d’autres patients présentant une protéinurie « simple ». L’intérêt thérapeutique d’un tel traitement pourrait alors être évalué à différents stades de la maladie rénale, pour lutter contre les lésions du rein et retarder au maximum la dialyse, une technique médicale qui, par la pose d’un cathéter, prend le relais des reins défaillants pour filtrer et purifier le sang. En attendant, en plus d’être une nouvelle cible thérapeutique, le dosage urinaire de la lipocaline 2 peut d’ores et déjà être considéré comme un marqueur intéressant de l’évolution des maladies rénales chroniques. •

 RALENTIR LA PROGRESSION DES MALADIES RÉNALES CHRONIQUES

 Des pathologies comme le diabète ou l’hypertension peuvent porter atteinte aux reins. Ceux-ci ne parviennent alors plus à filtrer le sang, et des protéines se retrouvent en quantité anormale dans l’urine.

 

LA MALADIE

 Lorsque l’urine présente un trop fort taux d’albumine, un mécanisme moléculaire appelé UPR se déclenche. En activant une protéine, la lipocaline 2 (LCN2), il conduit à la mort des cellules rénales. Le rein développe des lésions et ne peut plus fonctionner correctement.

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 L’ESPOIR

 L’acide phénylbutyrique (PBA), un médicament déjà utilisé pour traiter une maladie génétique rare, permet d’éviter que l’UPR ne se déclenche. La LCN2 n’étant plus activée, les cellules rénales survivent.
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 L’apparition de lésions du rein ralentit ; le développement de la maladie rénale chronique est maîtrisé.

SOURCES NATURE COMMUNICATIONS. INSERM.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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